Lionel Vinche

Lionel Vinche

Lionel Vinche, le peintre poète

Chaussée de Saint-Job

 

Un musée du livre comme la Wittockiana se devait de rendre hommage à Lionel Vinche, « peintre poète » d’une espèce rare et frondeuse, complice de l’écrit. Il peint comme il respire, sur n’importe quel support, carton, papier, bouchon et même sur les murs de sa petite maison bruxelloise qui, mélange d’ordre parfait et de fantaisie débridée, constitue son autoportrait ! Un film de quelques minutes nous en donne une idée.

 

Il est souvent arrivé à Vinche de croiser ses dessins à des textes d’écrivains comme Le mari d’occasion de Vincent Pachès ou Un robinson d’Eddy De Volder, de les mettre en fête en les enluminant et en prolongeant la résonance du verbe. Il a côtoyé ainsi de nombreux éditeurs belges et français, La Pierre d’Alun, Le Daily-Bul, Esperluète et Fata Morgana.

 

Spontanément philosophe, dénué de prétention, l’homme fête plus de cinquante ans d’activité artistique en roue libre. Fils de batelier, ancien marin lui-même, il entremêle les mots, les encres et les couleurs fleuries avec d’autant plus de saveur qu’il a abordé la peinture en vagabond, lui consacrant sa vie. Feignant de ne connaître de l’humanité que son bon côté ou son enfance prolongée, il a créé un monde de petites nanas aux seins ronds, de bonshommes à chapeaux anatomiquement déjantés qui s’émerveillent de voir passer un bateau, un cycliste et se posent parfois des questions définitives.

 

Toutes les broutilles du quotidien suscitent chez Vinche d’irrépressibles croquis et font affleurer son monde qu’il dit méconnaître sous forme de journal de bord saugrenu. Il s’imprègne parfois de l’art d’hier et d’aujourd’hui pour le réduire à sa sauce comme dans son hommage à Soulages ou son dessin légendé Le petit homme d’Hockney David provoque un artiste anglais.

 

L’actualité ou plutôt les événements du jour sont traités de la même manière déjantée. « Aujourd’hui, proclame tout de go un piquant dessin des années 70, André Malraux est mort ». Quant aux escapades à la campagne, à Saint-Rémy-de-Provence ou au fil de l’eau, elles sont l’occasion de menus trésors picturaux et graphiques du style Panier à cerises de Madame Mur, que la couleur ponctue ou envahit.

 

Conçue par Roger-Pierre Turine, critique d’art à La Libre Belgique, l’exposition de la Wittockiana alterne avec rythme et clarté les vitrines remplies de dessins, livres illustrés, gouaches, aquarelles, et les grandes toiles aux murs dont certaines ont fait l’objet d’un don à la Fondation Roi Baudouin.

 

Chaque vitrine envisage une période et montre comment le peintre est resté lui-même au départ d’une brève période presque abstraite dans les années 60, neuf petites toiles à la géométrie souple et sauvage, sa préhistoire !

 

Entre peinture et BD

 

Bon sang ne peut mentir. La vérité de Vinche est figurative, pseudo-historiée, faite de papier, de vignettes, d’encre, de couleurs, d’humeurs et de mots, même si elle réitère cette alchimie à l’échelle de beaux tableaux comme La marionnette louche ou Le rolleur. Emmêlant délibérément les pinceaux, transgressant les limites de la peinture et de la BD, de la narration et du poème, du vécu et de l’humour, Vinche est subversif à sa manière. Il n’a jamais appartenu à la moindre chapelle excepté, après mai 68, au groupe Yucca que tout le monde a oublié et où il côtoyait son ami Camille De Taeye, autre pourfendeur d’une peinture bien-pensante.

 

Est-il « naïf » ou pas ? Eternelle question que son inimitable talent à faire surgir l’image d’un trait fouillé, vaporeux comme une chevelure d’ange, rend plus complexe encore.

 

http://mad.lesoir.be/arts/112891-lionel-vinche-a-la-lettre/

 

http://www.lalibre.be/…/lionel-vinche-peindre-au-fil-de-la-…

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