Axelle Red

Axelle red

Fabienne Demal, dite Axelle Red, née le 15 février 1968 à Hasselt dans la province du Limbourg en Belgique, est une auteure-compositrice-interprète belge.

 

Elle a vendu plus de cinq millions de disques dans le monde1.

 

« J’habite avec mes trois filles à Uccle, quartier de Bruxelles, dans la ferme Saint-Eloi, un site du XVIIIe siècle.

 

J’y ai installé mon studio d’enregistrement, mais aussi des moutons, trois vaches, un potager...

 

C’est surréaliste de vivre à la fois dans une grande ville et dans notre paradis campagnard. »

 

Axelle Red à la ferme Saint Eloi , en son jardin secret

COLJON,THIERRY

Mercredi 21 janvier 2009

 

Axelle nous a reçus à la maison. Dans sa ferme uccloise où elle a aménagé son studio. Là où a été mixé son nouvel album. En anglais.

 

La ferme Saint-Eloi est maintenant le nom d’un studio, là où Axelle a en partie enregistré et entièrement mixé son nouvel album, qu’elle a produit seule.

 

C’est là aussi, à la frontière entre Uccle et Linkebeek qu’elle vit depuis cinq ans, avec son mari manager et leurs trois filles. En termes de basse-cour, la famille n’a rien à envier au couple Mommens-Pinoo de Vive la Fête. Moutons et volailles habitent une propriété champêtre suffisamment spacieuse pour préserver vies privée et professionnelle. Autour de la cour intérieure, les écuries, la maison et, séparé, le studio aménagé avec une mezzanine.

 

C’est là que la table analogique importée de Memphis permet de capter l’âme d’un studio très chaleureux. Les kits de batterie et les quatre claviers ont toute la place.

 

« Ça me facilite la tâche quand je veux réécouter un mix par exemple. Je ne dois pas chaque fois courir en ville », nous avoue celle qui parvient, on se demande tout de même comment, à concilier vie de famille nombreuse, profession exigeante, et fréquentes missions à l’étranger en tant qu’ambassadrice de l’Unicef. Et c’est finalement de tout cela que parle son nouvel album, Sisters & empathy. Du monde et de ses misères, mais aussi de nous :

 

« Le monde est dur et même si tu essaies d’agir bien, c’est très difficile. Comment bien agir ? De l’empathie, d’accord, mais pour qui ? J’ai essayé d’établir un ordre prioritaire. Empathie pour la cause animale ? Tes enfants ? Ton mari ? Ta mère ? Ton boulot ? Comme je ne travaille qu’avec des gens que j’aime bien, ça me rend malade par exemple de ne pas utiliser le travail d’un musicien qui s’est déplacé. Même si ce qu’il a fait était bien. Ça arrive souvent. Des enfants sont venus chanter sur une chanson dont j’ai modifié l’arrangement. Du coup, ils ne sont pas sur le disque. Je suis mal. »

 

Axelle le dit clairement, ce nouvel album, double qui plus est, est conçu comme un « protest album », avec des textes plus importants que jamais. Sur le thème de l’humanisme dans nos sociétés, en particulier vis-à-vis des femmes.

 

« Je voulais déjà faire un double album pour Face A/ Face B, parce que c’était un concept lié aux années 60. Je l’ai écrit mais je me suis laissé convaincre par ma firme française que ce serait mieux de me limiter à un seul disque, bien compact. Je l’ai toujours regretté. Car je trouve qu’il aurait été plus fort sans que tout soit mélangé. Ici, c’est une autre histoire car j’ai écrit les chansons pour raconter ce que j’avais à dire. Je voulais écrire un livre au départ. Parallèlement à un disque en anglais de reprises de John Martyn. Dont une seule chanson se retrouve finalement sur le disque. Je voulais lui rendre hommage et comme ça, je ne devais pas faire de chansons. L’idée du livre était de parler du lien entre ce qui se passe ici et ce que je vois dans les pays où m’emmène l’Unicef. D’un point de vue historique, avec les différentes phases. Ce qu’on voit ailleurs, c’est ce qu’on a connu il y a cinquante ans ici. C’est répétitif. La polygamie, aussi. Avec le divorce, on crée de nouvelles familles. On est tous pareils, on agit de la même façon. »

 

Bouffées d’empathie

 

Culpabilité d’une femme comblée par la vie ? Les choses ne sont pas si simples :

 

« J’ai banni le mot culpabilité de mon vocabulaire. Il est trop entaché de catholicisme. Mais c’est vrai que je me sens mal quand je vois ce qui se passe dans le monde et ici. L’empathie, c’est sentir la douleur de l’autre. On a tous cette capacité de devenir plus humain. Les animaux aussi ont ça. L’empathie est la clé de tout. Avec l’empathie, on aurait moins besoin de lois et de punitions. Si tu sens, tu agis juste, c’est ma conclusion. »

 

Axelle lit beaucoup, cite Kuan Yin, Homère et Minankabau en exergue du disque. Elle prend aussi le temps de vérifier l’enseignement délivré à ses filles. Et regrette que les gens ne soient pas au centre des préoccupations, que tout reste rigide : « Tu ne sens plus les gens. En télé, on se protège tellement, on se bloque, tu ne sens plus rien du coup. La presse se vend parce qu’on adore que nos icônes tombent. Ça prouve qu’elles sont humaines. C’est aussi de l’empathie, finalement. »

 

Axelle est une rebelle finalement. Alors qu’elle est toujours une artiste importante en France, où il lui est arrivé de vendre jusqu’à un million d’un seul disque (même si le dernier, qui a reçu de bonnes critiques, n’a pas répondu aux attentes), la voilà qui débarque avec un double album en anglais. Autant dire un suicide commercial aux yeux d’EMI-France qui a préféré se retirer. Les médias français aimaient tellement cette petite chanteuse belge rousse chantant une variété soul un peu exotique à leurs yeux. Comme pour le faire exprès, Axelle n’est même plus rousse. Elle a retrouvé sa couleur naturelle. A l’image d’un disque back to the roots :

 

« Ce n’est pas de la provocation. Je dis toujours de moi que je suis une gentille anarchiste. Je respecte la loi mais quand je sens un abus de pouvoir ou une injustice, je ne peux pas m’empêcher d’intervenir. Je dois me calmer. Je me souviens d’un pilote d’avion qui m’a dit que j’allais revenir à la nage si je ne me calmais pas. En France, j’ai quitté EMI car toutes les personnes avec lesquelles j’ai débuté, chez Virgin, ont été virées. Je ne voulais plus me retrouver dans une major qui me disait combien de chansons mettre dans un album à faire vite et court. Plus ça devient difficile et plus je fais l’inverse, c’est vrai. A contre-courant. On doit encore décider avec qui le sortir en France. On veut un partenaire qui y croie et qui aime encore la musique. Comme chez EMI-Belgique. En France, ce sera sans doute un label indépendant. La Hollande est un pays qu’on n’a jamais vraiment travaillé et on sent de l’intérêt maintenant. »

 

L’avantage de la langue anglaise bien sûr. C’est la première fois qu’Axelle publie un disque en anglais, à deux exceptions près :

 

« Ici, c’était important de faire passer mon message et je trouve toujours que le meilleur moyen est la musique. Il faut que la musique serve les paroles, raison pour laquelle elle est très roots, sans décalage. Pour ceux qui ne comprennent pas l’anglais. Sans que la musique ne pâtisse. Le livre, je ne sais pas encore si je vais l’écrire. J’ai encore beaucoup de textes. J’ai aussi vraiment envie d’écrire un doctorat sur le thème de la justice. Les lois sont si compliquées qu’on ne sait plus quoi faire, on ne connaît plus les règles morales. Les gens sont perdus. »

 

Cela fait longtemps qu’Axelle avait envie d’écrire des chansons en anglais. Au risque de moins bien se faire comprendre en France, même si le succès populaire de Yael Naim prouve que tout est possible, même sans être rock :

 

« Je trouve dommage que mon public ne va peut-être pas comprendre. Les gens doivent savoir que le français me freine parfois, même s’il est parlé par beaucoup de gens. Beaucoup de gens que je croise dans mes voyages savent que je suis une artiste mais n’ont jamais entendu mes chansons. Parce qu’ils ne comprennent pas le français. »

 

En duo avec Tom Barman

 

Ceux qui connaissent bien Axelle savaient qu’un jour, elle chanterait en anglais, ce qui ne l’a pas empêchée de faire appel, en plus de ses musiciens américains habituels, à des artistes belges de renom, comme Tom Barman (en duo sur « She’s defective ») ou les guitaristes Geoffrey Burton (cf. Arno, Bashung, Cali…) et Mauro Pawlowski (de dEUS) : « C’est Cali qui me demandait pourquoi je ne travaillais pas avec les meilleurs musiciens belges ? Et là, je l’ai fait. Il y a un côté blues chez eux. Je suis contente d’avoir créé ce mélange avec eux. Pour moi, c’est ça aussi mes roots. »

 

Après près d’une heure de discussion, Axelle va chercher sa guitare acoustique pour chanter « Song called chip », rien que pour vous. Le single, lui s’appelle « Livin’ in a suitcase » : « J’ai encore plein de choses à faire. Le site internet n’a pas encore été renouvelé, on doit encore tourner le clip… Mais on ne pouvait pas reporter la sortie du disque à cause de la date du concert au Sportpaleis. » Un concert qui célèbre les quinze ans de carrière d’Axelle.

 

Axelle Red sera en concert au Sportpaleis d’Anvers le 2 mai. Tickets au 070/345.345.

 

Sur notre blog Frontstage, retrouvez Axelle Red en interview et en session acoustique, filmée par Roger Milutin.

nouveau

 

Sisters & empathy

 

Si l’album est double, c’est uniquement pour pouvoir accueillir les dix-huit chansons (dont deux en français) au ton et au style très cohérents. Le son est chaud, les guitares (Michael Toles, Geoffrey Burton, Mauro Pawlowski) lumineuses. Le tout voué à une soul music du meilleur aloi, sensuelle et adulte. Les textes sont à ce point graves et lourds qu’il aurait peut-être fallu un peu contrebalancer avec des rythmes et quelques mélodies plus légères. Mais on ne peut qu’être impressionné par une démarche de citoyenne et de musicienne qui fuit la facilité. Un disque courageux dont on retient quelques perles comme « Song called chip » et les reprises « Don’t want to know » (John Martyn) et « Gotta serve somebody » (Dylan).

 

EMI.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Axelle_Red

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